© N.Manaud

Confinement à la campagne, semaine 3

Déjà trois semaines de confinement et je comprends de mieux en mieux l’ermite qui refuse de quitter sa cabane cachée au fond des bois. J’ai tissé un cocon autour de moi ; tout est organisé, douillet, rassurant. Ma maison et mon jardin sont un refuge pour ma famille et moi-même, un lieu hors du monde dans un coin de campagne en Creuse, déjà bien loin du brouhaha et de l’effervescence urbaine.  

Vivre en ermite à la campagne comme au VIIème s.

J’ai toujours imaginé que Saint-Pardoux, le fondateur de Guéret, était un farfelu déjà à son époque, au VIIème siècle ! Il vivait au fond de sa cabane sur un mont élevé de la commune de SardentIl ne quittait jamais son univers, vivant simplement de ce que lui offrait la nature. Il ne rencontrait que ceux qui venaient à sa rencontre, troquant un peu de nourriture contre ses dons de guérisseur ! C’est le Comte Lantaire qui l’a délogé pour le placer à la tête de son nouveau monastère, à l’origine de notre préfecture.  

Mais en maintenant une vie sociale riche et active !

Au XXIè s. les cessions de travail se font en vidéo avec les collègues, rythment la semaine et nous permettent finalement de savoir quel jour nous sommes ! On se voit le mardi et le vendredi, on fait le point sur les dossiers et surtout, on se donne des nouvelles ! Toute l’équipe va bien et organise son temps de travail en fonction de ses possibilités (pas toujours facile de concilier famille et travail à la maison !) 

Et en gardant surtout le lien avec ses proches et à sa famille

Je téléphone régulièrement à ma famille.  Quel plaisir d’entendre ces voix familières. En une phrase, je sais s’ils vont bien ou nonQuelques mots pour soulager les inquiétudes des anciensune plaisanterie pour faire rire les plus jeunes, c’est reparti pour une semaine ! 

Avec les amis, les cessions “d’apéro-visio” se sont démocratisées. Le cérémonial du samedi soir consiste à tout installer sur la table du salon (ou de la terrasseles soirées sont douces en ce moment), face à l’ordinateur : bières et jus de pommes locaux, terrine et pesto à l’ail des ours tartinés sur du pain, fromage fermier coupé en cubes… nous avons conservé le goût des bons produits du terroir ! Les producteurs ont mis en place des dispositifs qui permettent de s’approvisionner facilement en points de retraits, sur des plateformes ou directement à la ferme.  

Comme Saint-Pardoux, j’essaie de consommer ce qui est à ma portée  dans mon jardin creusois…  

J’ai la chance d’avoir une serre… et un mari prévoyant qui avait semé radis et salades en quantité et en fin d’hiver. Chaque soir, une délicieuse et très fraîche scarole agrémente le dîner. Quelques graines germées (fait maison) une cuillère de vinaigre de cidre, trois cuillères d’huile de tournesol de la ferme voisine, le tour est joué ! Deux fois par semaine, une botte de jeunes radis tout rose nous procure une entrée de choix ! De temps en temps, je trouve une boite d’œufs frais sur le paillasson, déposée par un voisin prévenant (et possesseur de poules !). Ici, à la campagne, dans la Creuse, on a l’habitude de s’organiser, ce qui nous permet de rester à la maison plusieurs jours de suite en cas de neige ou de Covid19 !